Fête de l'igname : et si la vraie matière du futur n'était pas un tissu importé ?
Le 15 août, je fête l'igname comme tout le monde. Mais une question me hante : et si les épluchures devenaient la matière textile de demain ?

Le 15 août, c'est la Fête de l'igname au Bénin. Une fête profondément culturelle, célébrée par les communautés Mahi de Savalou et bien au-delà, jusque chez les Fon, les Nagot, les Bariba, du Nord au Sud. Elle marque l'autorisation rituelle de consommer la nouvelle récolte, après les offrandes aux ancêtres et aux divinités.
Je dirige une entreprise du digital dans la fashion, alors la question qui me travaille ce jour-là n'a rien à voir avec la cuisine.
Le sort des épluchures d'igname
J'utilise déjà l'igname pour la pâte noire, le télibo. Mais les pelures, les déchets, qu'est-ce qu'ils deviennent ? Je me demande si je pourrais les transformer en fibres, en matière textile, en un matériau composite qu'aucun styliste n'a encore touché.
Ce n'est pas qu'une lubie. Des recherches, notamment nigérianes, montrent déjà qu'il est possible d'extraire de la cellulose à partir de certaines variétés d'igname, et de produire des bioplastiques biodégradables à partir des épluchures, avec des plastifiants naturels comme le glycérol. D'autres déchets agricoles africains, la banane, l'ananas, le sisal, sont déjà transformés en fibres textiles ailleurs sur le continent. Pourquoi pas l'igname ?
- Extraire la cellulose de certaines variétés d'igname pour en faire de la pâte ou des matériaux composites.
- Produire des bioplastiques biodégradables à partir des épluchures, avec un plastifiant naturel comme le glycérol.
- Suivre l'exemple d'autres déchets agricoles africains, la banane, l'ananas, le sisal, déjà transformés en fibres textiles ailleurs sur le continent.
La question qui dérange : et après ?
Je vois déjà des créateurs recycler du plastique pour fabriquer du textile. Excellente initiative. Mais je me pose une autre question, plus dérangeante. Quand cet habit en plastique recyclé arrive en fin de vie, il devient quoi ? Il peut être recyclé une deuxième fois ? Une troisième ? Ou est-ce que le problème a juste été déplacé un peu plus loin ?
Je ne suis pas contre le business autour de la protection de l'environnement, au contraire. Il faut des entrepreneurs capables de résoudre nos problèmes environnementaux. Mais je pense qu'il faut aller plus loin.
Ce qu'Adam, Ève et nos ancêtres savaient déjà
La Bible me ramène, dès le commencement, à cette question de l'habillement. Dans la Genèse, Adam et Ève cousent d'abord des feuilles de figuier pour se couvrir, un élément pris directement dans la nature. Ce n'est qu'ensuite que Dieu leur fait des tuniques de peaux.
Ils cousirent des feuilles de figuier, et s'en firent des ceintures, Genèse 3:7
Historiquement, en Afrique aussi, avant l'arrivée massive des tissus importés, nos ancêtres travaillaient l'écorce battue, comme le barkcloth des figuiers, très répandu en Afrique de l'Est et Centrale mais aussi présent ailleurs, le raphia, et différentes fibres végétales, pour se vêtir.

Ceci est un rendu généré avec Studio a6ko, pas une photo d'archive. Personne ne porte ça aujourd'hui. Mais ça montre à quoi une matière en fibres végétales brutes pourrait ressembler, avec un vrai travail dessus.
Créer la matière, pas seulement la transformer
Le métier de styliste ne devrait peut-être pas s'arrêter à prendre un tissu qui existe déjà, à le découper, l'assembler, le transformer. Pourquoi ne pas commencer par créer la matière elle-même ?
Quel matériau peux-tu inventer à partir de tes déchets agricoles ? Quelle fibre, quel composite, à partir de ce que tu jettes aujourd'hui ?

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Et si un styliste béninois pouvait dire ça, un jour
Et si, un jour, un styliste béninois pouvait dire : ce vêtement que tu portes est fait à partir des déchets d'igname de nos agriculteurs ?
Là, je ne serais plus juste dans la mode. Je serais dans l'agriculture, la technologie, l'environnement et la culture africaine, réunis dans un seul vêtement.
Ce que je fais de cette idée, pour l'instant
Je n'ai pas encore de tissu en épluchures d'igname à te vendre, et je ne suis pas chercheur en matériaux. C'est une intuition, une piste, que je pose ici pour nos amis stylistes, couturiers et tailleurs, et pour qui voudra la creuser avec moi.
En attendant que quelqu'un invente ce tissu, je continue à m'occuper de ce que je contrôle déjà aujourd'hui, comment tu montres ce que tu crées. Studio a6ko existe pour ça, tes photos, ton essayage virtuel, tes visuels, pendant que la matière de demain se cherche encore.
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